Les Bloomers, la robe turque et l’avènement du féminisme

La première pensée qui vous vient à l'esprit avec le mot « Bloomers » est une culotte de grand-mère surdimensionnée ou un pantalon en coton portée par une jeune fille sous une robe du 19e siècle. "Bloomers" est né au milieu du 19ème siècle, non pas pour désigner sous-vêtements mais comme une sorte de réforme vestimentaire. Le nom d'Amelia Bloomer est lié à ce nouveau style vestimentaire, mais elle n’est pas à l’origine du mouvement. La tenue que les gens ont commencé à appeler Bloomers était en réalité une tentative des femmes de se libérer des vêtements féminins trop restrictifs de l'époque. Elles voulaient porter quelque chose qui ressemblait à un vêtement homme tel un pantalon !

Au milieu du XIXe siècle, un nouveau concept vestimentaire féminin est né du nouveau mouvement de la cure d’eau. À la fin des années 1840, les gens affluaient vers des stations de cure thermale pour se guérir d'une panoplie de maux ou tout simplement pour se rétablir. L'hydrothérapie utilisait l'eau de diverses façons, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, pour améliorer la santé. Les patients suivaient également un régime alimentaire strict et léger et ils étaient encouragés à profiter du bon air pour faire de l'exercice dans le cadre de leur régime alimentaire. Cette pratique était si populaire que le Water-Cure Journal  à commencer à publier régulièrement des articles.

Ce journal permettait aux gens d'en savoir plus sur les bienfaits des cures thermales. On y trouvait des articles sur la santé et la forme physique ainsi que des articles sur des femmes qui se battaient pour une réforme vestimentaire afin d'améliorer leur santé.

La mode féminine de l’époque se composait d'une jupe volumineuse avec plusieurs jupons amidonnés en dessous pour maintenir l'énorme forme de cloche. Dès 1820, les jupes sont de plus en plus longues et les tailles de plus en plus petites. Les ourlets des jupes devenaient boueux et sales lorsqu'ils traînaient au sol. Les jupons étaient lourds et la coupe du corsage restrictive. Souvent, les femmes ne pouvaient pas lever complètement leur bras en raison de la coupe de la manche et de l'œil du petit bras qui laissait peu d'espace pour bouger. En plus, il y avait un corset serré et des couches de sous-vêtements. Les femmes portaient des robes ou des jupes même lorsqu'elles travaillaient à la maison, dans le jardin, dans une ferme ou dans une usine. Les pantalons étaient réservés aux hommes.

Il a été suggéré d'adopter la " robe turque ", un pantalon plein rassemblé aux chevilles, porté par les femmes persanes sous une robe courte. Dès 1849, des articles parus dans le Water-Cure Journal vantent les bienfaits de la robe turque sur la santé de la femme.

L’idée de reformer la robe n’est pas née dans les cures thermales mais elle a certainement trouvé son origine dans un endroit approprié pour s'y épanouir. Le lien entre les cures thermales et la réforme vestimentaire peut aussi avoir été alimenté par le fait que de nombreuses personnes prenaient plaisir à se rendre dans les cures thermales et finissaient par adhérer à la cause féminine.

La lutte contre la tenue vestimentaire rigide des femmes de l'époque était déjà un sujet de préoccupation et elles luttaient pour l'égalité des droits. Le Water-Cure Journal était une caisse de résonance pour amplifier le message qui était déjà amplement diffusé.

En 1851, Elizabeth Smith Miller a été la première à promouvoir le nouveau style vestimentaire parmi les membres du premier mouvement pour les droits des femmes. Sa nouvelle tenue a attiré l'attention de son amie Amelia Bloomer qui lui aurait dit que ça lui donnait l'impression d'être une captive libérée.

Amelia a publié un article intitulé « The Lily » en faveur de ce "costume de liberté" qui l'a aidée à se sentir libre comme Miller. Une fois l’article publié l’idée de la robe turque s'est répandu comme un feu de forêt et a été renommée "Bloomer Dress". La robe est devenue un vêtement populaire parmi les féministes et les adeptes de la tempérance qui désormais n’étaient plus confinées aux communautés utopiques et aux spas de cures thermales. La robe turque était à présent diffusée en public. Puis vint le contrecoup.

Il était difficile de changer l'esprit victorien au sujet de l'habillement des femmes, même parmi les femmes. Les journaux se sont moqués des "Bloomer Girls" et des magazines de mode qui ont d'abord pensé que la tenue était de bon goût ont ensuite dénoncé l'engouement. Les hommes et le clergé, n'aimaient pas que les femmes revendiquent de porter un pantalon car cela représentait une menace pour leur autorité. Dans les dessins animés, les femmes en pantalon étaient montrées en train de fumer des cigares, de proposer le mariage et de semer le trouble dans l'esprit des hommes. Les rapports homme femme étaient à présent chambouler. Au point que les églises interdisaient l’accès aux femmes qui s’habillaient vêtue de la robe turque. Même d'autres femmes trouvaient cela offensant et immoral.

Cela a attiré beaucoup trop d'attention non désirée sur eux. Il y avait trop de générations conditionnées pour penser que les jambes des femmes ne devaient pas être vues ni sa forme naturelle révélée. À une époque où les femmes étaient censées être frêles et soumises, ce nouveau style d'habillement rationnel montrait une femme incroyablement forte et active. C'était un concept difficile à accepter car il présageait une nouvelle pulsion chez la femme au sein de la société. A cause de l’image négative engendrée, les bloomers ont perdu peu à peu de leur attrait.

Ii faudra attendre près de 50 ans pour que la robe réformée et le style Bloomer renaisse grâce à l’avènement de la bicyclette à la fin des années 1890. En effet,  la bicyclette devient une forme de plaisir et d'exercice. A cette époque, les femmes portaient encore de longues jupes, des jupons amples, des corsages serrés et des corsets restrictifs. Le vélo pour a été conçu sans barre centrale pour faire de la place aux jupes (c'est pourquoi il y a des vélos "garçons" et des vélos "filles") et pour s'assurer que les femmes n’aient pas à lever une jambe révélant ainsi une partie intime de leur anatomie et provoquer ainsi l’excitation masculine. Au fur et à mesure que les vélos ont fait fureur, la robe de bicyclette a évoluée, passant d'une jupe fendue avec un panneau central à un pantalon large en forme. Il n’y avait plus de jupe en vue, et c’est à partir de ce moment-là que le mouvement féministe prenait de l'ampleur. De plus en plus de femmes ne se contentant plus d’être traitées de faible et délicate, une étiquette qui leur était imposée depuis des siècles.

La révolution du nouveau vêtement femme tendance à l'époque victorienne fut une lutte pour le pouvoir et l'indépendance. La volonté de donner à une femme la propriété de son corps et les préliminaires de ses désirs étaient l'un des obstacles au mouvement de la réforme vestimentaire. Car si on donne aux femmes la liberté de mouvement, elles ne pourront plus être aussi facilement attachées à la maison où elles travaillent pour leur mari et leurs enfants. Le mouvement de guérison par l'eau a été adopté si rapidement parce qu'il offrait aux femmes la chance de prendre soin d'elles-mêmes. Souvent, c'était la seule fois où elles étaient autorisées à sortir du foyer.

Porter des "Bloomers" ou des « robes turques » en public représentait un grand danger pour ces femmes. Les critiques sévères et la résistance au changement ont peut-être temporairement fait dérailler le mouvement, mais heureusement, il y a eu celles qui n'ont pas voulu se laisser intimider par leurs bloomers.

De nos jours, il paraît banal pour une femme de porter un pantalon. N’oublions pas qu’une lutte a été entrainée depuis plusieurs décennies pour la femme aujourd’hui ait le privilège de porter un vêtement femme en ligne sans pour autant choquer comme des autres femmes par le passé l’ont fait.

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